lundi 5 septembre 2016

Petit Pays de Gaël Faye

Cette rentrée littéraire est pleine de belles surprises !
Et pourtant, il n’est pas facile de choisir ce qui va réellement nous plaire quand on n’a qu’une couverture et un petit résumé.
Je pourrais attendre, voir les billets de blog fleurir et lire ces romans une fois que tout aura été dit dessus, mais c’est moins drôle, vous l’avouerez.
Et puis parfois, de billets en billets, on découvre beaucoup trop d’informations sur la trame du récit et adieu les surprises et les dévoilements progressifs.

Pour Petit Pays, pas de rebondissements à répétition (une surprise à la fin tout de même), pas de grosses surprises, mais une écriture magnifique et un récit parfaitement maitrisé !
Pour un premier roman, c’est un coup de maitre !

Gaby ne s’est jamais vraiment senti chez lui en France.
Son pays, c’est le Burundi, c’est là qu’il a grandit avec sa sœur Ana dans une impasse avec ses copains.
Un papa français, une maman rwandaise, ça ne gênait pas grand monde dans cette petite rue où on pouvait passer l’après-midi à voler des mangues et les dévorer cachés dans un van abandonné sur le terrain vague.
Et puis les élections sont arrivées, le président a changé.
Et puis le Rwanda voisin a basculé et tout a changé…

J’ai tourné longtemps autour de ce roman.
Le sujet ne m’enthousiasmait guère, je l’avoue.
La guerre, le Rwanda, les massacres, ce n’était pas ce que j’avais envie de lire en cette fin d’été.
Et puis finalement, je me suis décidée.
Et j’ai bien fait.

Le récit débute par une alternance de chapitres en italique et en police normale.
L’italique, c’est Gaby aujourd’hui, jeune homme déraciné qui ne trouve pas sa place et qui n’a qu’une envie : replonger dans ses années d’enfance idéalisées.
La police normale, c’est Gaby enfant qui raconte ses journées loin des préoccupations des adultes qui vont le rattraper.
Les mots sont bien choisis, les phrases claquent et ces passages en italique sont absolument magnifiques !
Je note rarement des citations, mais là, on ne peut que relire plusieurs fois ces phrases qui disent tout en quelques mots (que je mets à la fin de mon billet).
Et puis les mots se font plus classiques pour raconter les jours heureux et on se plonge dans cette enfance au goût de mangues qui va se terminer si brutalement.

Mais la très bonne idée de ce roman, c’est d’avoir tenu Gaby un peu à l’écart de cette guerre qui gronde.
Il vit dans son impasse, il joue avec ses amis et ses parents ont tenus à ne pas lui parler de politique.
Evidemment, il sait confusément ce qui se passe, il voit, il entend certaines choses, mais pendant plusieurs semaines, ce n’est qu’un arrière-plan qui l’inquiète sans le toucher.
Et puis il va être rattrapé par les paroles de ses amis, par les événements eux-mêmes, avant que tout bascule.

Ce n’est pas un roman qui se complait dans l’horreur, c’est un roman qui dit les choses, qui parle de l’indicible avec des mots simples et beaux, qui raconte ce qu’il ne faut pas oublier.
Comme dans la vraie vie, la guerre n’est pas là d’un coup détruisant tout sur son passage mais elle s’immisce dans la vie de ceux qui la subisse pour les marquer à vie.
Petit pays raconte ce basculement de centaines de vie, il rappelle qu’il ne faut pas oublier, il rappelle aussi le rôle des Français dans le massacre du Rwanda par quelques mots isolés.  
Il célèbre aussi le pouvoir des livres et c’est très beau à lire !

Ne faites pas comme moi, n’hésitez pas pour lire ce livre.
Il est beau, il dit de belles choses dans une belle langue, et de beaucoup moins belles qu’il ne faut pas oublier.
A ne pas manquer !

 Regardez comme c'est beau : 

« Une chaine d'infos en continu diffuse des images d'êtres humains fuyant la guerre. J'observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent leur vie sur le terrain de la folie du monde. »

« Je n'habite plus nulle part. Habiter signifie se fondre charnellement dans la topographie d'un lieu, l'anfractuosité de l'environnement. Ici, rien de tout ça. Je ne fais que passer. Je loge. Je crèche. Je squatte. Ma cité est dortoir et fonctionnelle. »

« Grâce à mes lecture, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »


Gaël Faye chantait des chansons jusqu'à maintenant :) 






Et bravo pour le prix du roman Fnac ! 












24 commentaires:

  1. Bonjour, je viens de découvrir votre blog, et j'adore. Je vous souhaite une très belle rentrée. Véro

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  2. Réponses
    1. Je ne peux que t'encourager. C'est un roman vraiment très beau.

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  3. C'est LE premier roman de la rentrée, incontestablement. Je n'ai pas encore craqué mais ça ne saurait tarder.

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    1. Oui, j'ai l'impression. Je suis contente de l'avoir découvert en tout cas. Il est superbe.

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  4. Me voilà tenté. Non, je ne tournerai pas longtemps autour de cette lecture....

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    1. Laisse toi aller, il est vraiment très bon :^)

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  5. Ce garçon a un talent fou, et en plus il est absolument adorable !

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    1. Ah oui ? Il a l'air en tout cas. Et tant mieux si son roman et lui-même sont en adéquation ;^)

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  6. J'ai participé à un concours pour le gagner chez Leiloona. Je croise donc les doigts ! Sinon, il fait aussi partie des 68 premières fois. Je devrais donc le lire quoi qu'il arrive.

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    1. Oh mais oui, je te le souhaite, j'ai passé un excellent moment. Une vraie bonne surprise.

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  7. Je ne vais pas pouvoir passer à côté !

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  8. Un roman de la rentrée qui me tente beaucoup !!!

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  9. C'est le roman que je vais recevoir Pour le Match Rentré Littéraire de Price Minister. Je l'avais sélectionnée grâce à ta critique, j'ai hâte de le recevoir et de le lire!

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    1. Je te souhaite une belle lecture alors. Il m'a vraiment beaucoup plu et j'en garde un souvenir très net.

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  10. Je l'ai trouvé vraiment très beau moi aussi, il est en lice pour d'autres prix littéraires après le Prix Fnac, et à mon avis c'est bien mérité ! Merci pour la vidéo que je vais aller voir ; je n'ai pas vraiment cherché à connaître sa musique jusqu'à maintenant, mais c'est peut-être un tort.

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    1. J'ai trouvé le clip en cherchant des images pour l'article. C'est une chanson écrite avant le livre apparemment, mais cela va parfaitement avec le texte je trouve. Et quel beau texte en effet !

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  11. J'ai vu une ITW de ce jeune homme à propos de son livre, le mois dernier et il m'a convaincu de le lire mais je vais attendre un peu car ma PAL déborde, c'est récurrent mais bon ! :) En tous cas tu le vends bien ! :D

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    1. Je pense que tu le trouveras encore longtemps sur les tables des libraires et très vite en poche. Il se lit vite mais quand la PAL déborde, il faut agir ;^)

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