mardi 8 février 2011

Jézabel d'Irène Némirovsky

Certains billets de lecture me résistent sans que je sache pourquoi.
Celui-ci en est un, peut-être parce que j’aime vraiment cet écrivain et que je ne suis pas sure que ce livre me permette de vous faire partager ce sentiment. Je vais essayer quand même J Pour mettre toutes les chances de mon côté, je suis même revenu au stylo et au papier, histoire de me poser pour l’écrire.

En plus du nom de l’auteur, c’est le résumé de la 4e de couverture qui m’a attirée vers ce livre. La lecture des premières lignes à la librairie a achevé de me convaincre de le mettre dans mon panier. Je suis comme ça. Si je commence un livre, il fait ensuite partie de mes petites obsessions jusqu’à ce que je retourne l’acheter. Autant le prendre de suite, donc.

Gladys Eysenach, femme d’une cinquantaine d’année de la haute société parisienne, est accusée d’avoir assassiné son jeune amant le soir du nouvel an. Son procès montre une femme effondrée, abattue, silencieuse mais très belle encore.
Elle fascine l’assistance par sa prestance, la souffrance qui émane d’elle et le mystère qui l’entoure. Ne répondant aux questions posées que lorsqu’elle y est obligée, elle ne livre rien de ce qui a motivé cet assassinat, mais avoue tout pour aller plus vite.
Sa meilleure amie vient témoigner en laissant apparaître de vieilles rancœurs, le procureur tourne le témoignage de sa femme de chambre pour la faire passer pour une femme délurée, l’homme qu’elle devait épouser, aristocrate italien, ne peut expliquer son geste. Les amis du mort témoignent aussi de visites à la fin desquelles Gladys laissait toujours de grosses sommes d’argent à Bernard Martin, un jeune homme sans histoire qu’elle a sans doute pris dans ses filets avant de l’assassiner. Ce geste ne s’explique pourtant pas, et personne ne parvient à savoir pourquoi elle l’a tué.

Jézabel est le 2e livre d’Irène Némirovsky que je lis après le Bal. Comme dans celui-ci, le sujet est traité sur un ton doux-amer. Il n’y a aucun heurt, aucune critique frontale mais une mise en situation qui laisse un sentiment de malaise.
Gladys est une femme superficielle, futile, qui n’a vécu que pour elle et pour profiter de sa beauté physique, si bien qu’il ne lui reste plus rien. Elle a négligé sa famille, ses proches par coquetterie et vanité. Dépensant sans compter, elle n’a pas su s’attacher durablement et a repoussé ceux qui l’aimaient.
Cette femme devrait être détestable, mais tout le talent de l’auteur est là. Je ne dirais pas non plus que j’ai aimé cette femme, la critique est vraiment acerbe et il serait difficile de s’identifier à ce personnage.
C’est alors son histoire qui passe au premier plan. Que lui est-il arrivé pour qu’elle finisse par tuer un jeune homme de 20 ans ?
Qui était ce jeune homme ? Pourquoi lui donnait-elle de l’argent ?
Après le récit du procés, Irène Némirovsky raconte la vie de cette femme, son errance, sa fuite et les pages se tournent pour parvenir au dénouement, pour comprendre et découvrir les abymes de noirceur dans lesquels elle s’est enfoncée.


On a dit d’Irène Némirovsky qu’elle était antisémite, on lui fait parfois un procès d’intention, critiquant violemment ses écrits qui auraient appuyé les critiques faites contre les juifs.
Accuser d’antisémitisme une femme morte avec les siens au camp d’extermination d’Auschwitz m’a toujours paru une cruelle ironie.
Surtout aujourd’hui, alors que l’on écrit tant de choses contre ceux qui ont refusé que l’on « célèbre » un antisémite, fut-il un grand écrivain.
C’est vrai que Némirovsky critique avec force la haute bourgeoisie juive française. Les femmes sont futiles et décadentes, quand les hommes sont lâches et impuissants. Ils n’ont aucune ambition, aucun but apparent si ce n’est le plaisir. Mais elle décrit avant tout le milieu qu’elle connaît, et si certains noms sont juifs, il n’y a aucune autre indication qui permet d’affirmer que ces textes sont antisémites.
Il me semble qu’il y est plutôt question de peindre une certaine frange de la société, pour une auteure qui appartenait à un milieu intellectuel d’avant-garde et avait à cœur de se faire connaître. Pour cela, elle a publié dans Gringoire, sous pseudonyme, et dans Marianne, nettement plus à gauche.
Quoi qu’il en soit, il semble bien que l’histoire ait jugé pour elle.

Si vous ne connaissez pas Irène Némirovsky, je vous conseille le Bal qui est un petit bijou. Celui-ci est passionnant, mais pour un premier contact, il est très critique et assez noir.




Ce roman est ma deuxième lecture pour le challenge ABC 2011, une deuxième aussi pour le challenge Petit Bac (catégorie prénom) et la première pour le challenge Dames de lettres.




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14 commentaires:

  1. Je te conseille vraiment de lire "une suite française" du même auteur. C'est devenu un de mes romans préférés!
    Je n'ai pas encore lu le bal mais il file illico sur ma PAL virtuelle!

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  2. Je note pour le challenge Dames de lettres !
    Je ne connais pas Irène Némirovski, mais tu me donnes terriblement envie de la découvrir... Je note donc ce titre et Le Bal :)

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  3. @ Flo : je pense que je vais finir par le lire, car c'est un auteur qui me plait vraiment :)

    @ Céline : Merci, c'est gentil ;) et je suis contente si j'ai fait une nouvelle lectrice de cette auteure méconnue :D

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  4. Je n'ai encore rien lu de cet auteur mais j'ai Le bal dans ma PAL et ce que tu dis de celui-ci me tente. J'ignorais qu'on l'avais accusée d'antisémitisme !

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  5. @ Manu : N'hésite pas à le sortir de ta PAL ;) Cela ne fait pas très longtemps que j'ai découvert cette accusation, mais je pense que personne n'est assez à l'aise pour affirmer quoi que ce soit.

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  6. Merci de m'avoir fait découvrir ce roman d'Irène Némirovski. C'est une très belle histoire;

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  7. @ Zoë : mais de rien, c'est toujours un plaisir de partager :)

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  8. Je viens de l'acheter car j'aime beaucoup cette auteure suite à la lecture de 3suite française" ; ton commentaire très élogieux me donne envie de le mettre sur le haut de ma PAL.
    Anne (De poche en poche)

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  9. @ edencoon : je n'ai jamais lu suite française, mais c'est au programme :) Bonne lecture de Jezabel !

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  10. On dirait une suite au "bal". Je le note car ton billet est tentateur !

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    1. C'est dans le même esprit, en tout cas :)

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  11. J'ai eu l'occasion de lire Jesabel et Suite Française et depuis cette écrivaine figure parmi mes préférées.... Quel talent, quel coup de coeur... Pourtant en lecture comme en musique, cela ne m'arrive pas souvent!

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  12. Un très grand écrivain de qui j'ai lu 7 ou 8 livres, sa cruauté me fait parfois penser à Guy de Maupassant qu'elle avait beaucoup lu.

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    1. C'est vrai que les nouvelles de Maupassant sont souvent aussi cruelles à la fin. Je n'y avais pas pensé, merci :)

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