lundi 22 février 2016

Profession du père de Sorj Chalandon

Aujourd'hui je vous parle d'un roman dont je ne sais pas vraiment quoi penser.
J'ai attendu pour écrire mon billet.
J'ai laissé décanter cette histoire, je l'ai laissé se poser en moi, reposer dans mon esprit pour voir ce qu'il m'en reste et comment je la ressens après plusieurs jours, après plusieurs semaines.
Mais non.
Rien ne vient éclaircir mon ressenti.
J'aime et je n'aime pas indistinctement, sans pouvoir dire exactement ce qui me dérange.
Je me lance donc quand même dans la rédaction de ce billet qui risque d'être un peu décousu, mais tant pis.

Emile n'a pas une vie facile. 
Son père mène la famille à la baguette, le levant à 5 heures du matin pour assurer son entrainement de soldat. 
Il veille à ce qu'il ne se relâche pas, et cela concerne aussi sa mère. 
L'appartement est spartiate, pas de chauffage, peu à manger, les coups pleuvent souvent, et les journées se ressemblent toutes. 
Sauf quand son père lui donne l'ordre d'aller déposer des lettres à l'autre bout de la ville en pleine nuit. 
Là, il se sent important car son père est agent secret ! 
Après avoir été parachutiste, professeur de judo, et même pasteur, il se cache désormais dans son appartement pour mener sa mission à bien... 

Bon, vous l'aurez sans doute compris, le père d'Emile ne tourne pas très rond dans sa tête.
L'histoire est racontée par Emile qui se retourne sur son enfance alors qu'il vient d'enterrer son père.
Sans jugement, il raconte les faits, juste les faits et laisse le lecteur se débrouiller avec.
Il raconte les coups, pour lui et pour sa mère, il raconte les missions délirantes que lui donnent son père en pleine nuit, il raconte comment lui-même s'en est pris à un de ses camarades de classe et a reproduit la tyrannie de son père.
Il raconte aussi comment il a dû se détacher de ce "cocon" familiale un peu brutalement quand son père a décidé qu'il était assez grand pour se débrouiller tout seul.

Le récit est factuel, sans pathos et surtout sans jugement.
Emile accepte tout, ne se pose pas de questions sur son père ou sa mère.
Il grandit et ne se pose toujours pas de question, enfermé dans un schéma qui lui parait tellement normal qu'il est bien perdu quand il doit vivre autrement.
Sa seule question est celle de la profession de son père, suscitée par la traditionnelle question posée à l'école.

Alors pourquoi n'ai-je pas plus aimé ? 
Les billets sur la blogosphère littéraire sont plutôt enthousiastes, les fans et les non fans de Chalandon ayant quasiment tous aimé ce roman.
J'étais donc enthousiaste en commençant ma lecture et je partais avec un a priori positif.

Je m'attendais peut-être à autre chose ?  
Je ne crois pas, le sujet est clair et je savais ce que j'allais lire.
L'aspect autofiction est toujours un peu difficile pour moi, mais il ne transparait pas ici.
C'est un roman, sans réflexion sur le récit ou sur la mise en fiction.

Est-ce le sujet qui m'a dérangé ? 
Oui et non.
Même si les femmes et les enfants battus sont un sujet toujours un peu perturbant pour moi.

Est-ce le style de Chalandon ? 
Non, pas vraiment non plus, il écrit toujours aussi bien.
Mais peut-être est-ce tout de même un peu froid pour moi, un peu trop distancié.

Ou s'agit-il d'un mélange de tout cela.
Je ne vais pas creuser plus loin, je ne crois pas que j'arriverai à mettre des mots plus précis sur mon ressenti.
Je vous invite néanmoins à le lire pour vous faire votre propre avis.
Pour ma part, j'ai largement préféré le Quatrième mur, je l'avoue, mais cela ne m'empêchera pas de lire Mon traitre et Retour à Killybegs.




C'est mon 8e roman de la rentrée littéraire 2015 ! 




Merci aux éditions Grasset 
pour cette lecture. 





32 commentaires:

  1. On vient de m'offrir mon premier Chalandon (et ce n'est pas celui-là, tant mieux sans doute vu ton avis mitigé). Je vais enfin pouvoir découvrir cet auteur dont tout le monde dit le plus grand bien.

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    1. Je préfère largement les romans précédents je crois bien. Ils sont toujours un peu inspirés de sa vie, mais moins et plus romancés. J'ai Mon traitre encore dans ma PAL. Il va falloir qu'il sorte mais je vais attendre un peu.

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  2. J'ai vu plusieurs billets mitigés, voire franchement négatifs. Je ne crois pas que je le lirai.

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    1. Il y a aussi beaucoup de billets très enthousiastes. Tout dépend sans doute de ce qu'on pense du sujet central du livre et de cet homme qui bat sa famille.

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  3. Mais c'est vrai qu'on ne l'attendait plus ce billet ;-)
    Comme tu le sais, je fais partie des lecteurs qui ont aimé, on a déjà eu pas mal l'occasion d'échanger à son sujet !

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    1. J'ai mis du temps à démêler mon ressenti et je crois que je n'y suis même pas arrivée complètement. Mais ce roman me parait trop personnel pour ne pas toucher personnellement son lecteur et après, c'est selon son vécu personnel, ses envies du moment, son ressenti. Je comprends que beaucoup de lecteurs aient aimé, et c'est tout de même du Chalandon ;^)

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  4. Je n'ai pas écrit de billet (sauf un avis un peu brouillon sur Babelio) parce que j'avais aussi du mal à mettre des mots sur ce qui ne m'avait pas plu... J'étais agacée, de plus en plus au fil de ma lecture...

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    1. Oui, c'était un peu mon sentiment aussi. Cette situation, la réaction de sa mère, ses réactions à lui quand il quitte le domicile et y revient, c'est agaçant et je crois que cette posture d'adulte écrivant sans jugement sur son passé y est pour beaucoup.

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  5. Je l'ai beaucoup aimé ce roman, très différent des autres romans de Chalandon. Si tu as aimé Le quatrième mur, tu aimeras beaucoup Retour à Killybeggs ou Mon traître. Il n'est pas toujours facile d'expliquer pourquoi on a aimé ou au contraire pourquoi on est resté sur le carreau. Et je peux comprendre que ce livre dérange.

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    1. Je crois qu'avec ce roman, soit on aime, soit on est dérangé ou agacé. C'est ce qui semble ressortir des différents avis que j'ai lu. Mais cela ne m'empêchera pas de lire les deux autres romans que tu cites et qui doivent être dans ma PAL.

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  6. Sorj Chalandon est un auteur que j'aime beaucoup mais ce livre m'a également beaucoup dérangé. Le père fait subir à Emile de la maltraitance psychologique. Il en devient lui-même violent vis à vis d'un camarade. La mère laisse faire sans réagir. C'est vraiment malsain...

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    1. Oui, c'est très malsain. Cette mère incapable de protéger son enfant qui prend la défense du père est finalement le personnage qui me semble le plus détestable dans ce roman. Et je crois que la distance, le ton employé par Chalandon m'a dérangé aussi.

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  7. Retour à Killybegs est un coup de coeur mais celui-ci, je n'avais pas du tout envie de le lire.

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    1. Ce n'est pas moi qui vais t'encourager à le lire ;^)

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  8. Chalandon est un auteur que j'ai très envie de découvrir depuis quelque temps mais pas sûre que je commence avec celui là. Les avis sont très partagés et ses premiers me tentent beaucoup plus. Le quatrième mur me tente aussi

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    1. Oui, je crois qu'il vaut mieux commencer par le 4e mur ou Mon traitre. Celui-ci ne reflète pas vraiment le style habituel de l'auteur en plus.

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  9. Toi aussi tu trouves l'écriture trop distancée ? Ouf, je me sens moins seule.

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    1. Je crois qu'on est plusieurs ;^)
      Je comprends qu'il ait eu besoin de mettre de la distance, mais cela rend toute cette histoire froide et finalement, j'ai eu l'impression qu'il trouvait cette enfance normale.

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  10. Ben, moi, je l'ai laissé en plan. Impossible de lire toute cette cruauté, cette manipulation,... Je n'ai rien lu d'autre de lui, mais je compte bien lire "Le 4ème mur" et/ou "Mon Traître", on verra!

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    1. Je te comprends. J'ai hésité mais je n'aime pas laisser un livre en cours de route, je sais qu'il reste dans un coin de mon cerveau jusqu'à ce que je me décide à le finir et je ne voulais pas que celui-ci me hante.

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  11. J'ai adoré "le quatrième mur" mais pour le reste j'ai du mal avec Chalandon, et je retrouve mon malaise avec cet auteur dans ton billet...

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    1. J'ai beaucoup aimé aussi le 4e mur mais celui-ci est vraiment différent. J'ai vraiment vu une différence avec le récit très romancé de ce journaliste qui est lui sans être lui. Alors qu'ici, on a l'impression qu'il décrit une situation normale. Elle l'était pour lui quand il était enfant, mais aujourd'hui, il sait qu'elle ne l'est plus et cette absence de recul m'a vraiment dérangé. Dans le 4e mur, on a plus l'impression qu'il voit le malaise se creuser et qu'il est conscient qu'il y en a un.

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  12. Mon mari vient de le terminer. Il m'a dit qu'il ne savait pas quoi en penser et que je devais le lire...

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    1. Il a raison. C'est un roman du tout ou rien j'ai l'impression. Soit on aime beaucoup, soit on ne sait pas quoi en penser. Tu nous diras :^)

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  13. Peut-être effectivement que Chalandon a dû se mettre à distance, vu la forte implication qu'il a dû mettre dans cet écrit. Je comprends ce que tu écris, même si j'ai vraiment aimé ce roman.

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    1. Oui, c'est sûr que cette distance l'a sauvé peut-être mais l'absence de jugement me gêne et son comportement adulte aussi. Pour autant, je comprends les réactions de chacun des personnages, mais c'était difficile pour moi. J'ai aussi l'impression que le ressenti du lecteur peut dépendre de son vécu personnel pour ce roman ;^)

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  14. Je n'ai jamais lu cet auteur, je crois que j'ai Le quatrième mur dans ma PAL, mais pour le moment, cela ne me donne pas trop envie...il vaut mieux attendre!

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    1. Le 4e mur est complètement différent. C'est aussi inspiré de sa vie, mais beaucoup plus romancé et c'est un livre magnifique. Je l'ai lu l'an dernier et j'avais vraiment adoré. Ne te fie pas à mon billet pour lire celui-ci, ce serait dommage ;^)

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  15. Je comprends très bien ta réaction car moi aussi, j'ai été très mal à l'aise avec ce roman, même si j'en apprécie certains aspects. J'ai eu du mal à écrire un billet dessus, j'en suis ressortie avec un étrange sentiment. C'est le premier roman que je lis de cet auteur et je vais attendre un peu avant d'en lire un autre de lui, sûrement Le Quatrième mur que tu recommandes.

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    1. J'avais mis du temps à rédiger mon billet. Le sujet est très particulier, mais la façon de raconter l'histoire l'est encore plus. Je n'ai lu que le Quatrième mur de cet auteur mais je crois que Retour à Killybeg est pas mal aussi ;^)

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  16. J'ai vraiment été embarquée par ce roman que mes élèves ont élu pour le prix du roman du lycée.

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    1. Je comprends qu'il l'ait élu mais il y a quelque chose qui m'a retenu. Peut-être que le sujet me touchait de trop près, mais j'en garde vraiment un sentiment de malaise qui m'a empêché de vraiment apprécier.

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