lundi 11 mai 2015

Constellation d'Adrien Bosc { Prix Audiolib }

Ce livre était très présent sur les blogs au moment de la rentrée littéraire. 
J'ai lu des billets enthousiastes et d'autres très négatifs, et si l'idée de le lire me plaisait, j'étais un peu refroidie par les billets négatifs. 
Je n'aime pas trop les textes qui ne prennent pas le temps de construire des personnages et j'avais peur d'être frustrée par de petits portraits trop rapides.
Mais j'aurais eu tort de ne pas lire ce livre ! 

Le 27 octobre 1949, le Constellation F BAZN d'Air France à destination de New York décolle de Paris pour faire une première escale dans les Açores. 
 A son bord, des célébrités comme Marcel Cerdan et Ginette Neveu, des gens riches comme Mme Hennessy, d'autres qui partent faire fortune comme ces cinq bergers basques et une petite bobineuse d'Alsace qui va bénéficier de l'immense fortune de sa marraine. 
Ce sont 37 passagers qui s'installent pour cette première étape et vont profiter du vol, accompagnés d'onze membres d'équipage. 
Cerdan a pris son billet au dernier moment pour répondre à la demande de Piaf qui l'attend aux Etats-Unis avec impatience. 
Un jeune couple en a fait les frais et est resté à Paris. 
D'autres ont changé leur billet au dernier moment comme le luthier de Ginette Neveu, échappant ainsi à la mort, car le vol n'est jamais arrivé... 

Le hasard, cet insaisissable fil de nos vies, est au coeur de ce livre. 
Il se joue de nous, il nous épargne ou au contraire nous précipite dans une catastrophe. 
Qui ne s'est jamais demandé ce qu'il ce serait passé s'il avait tourné à droite plutôt qu'à gauche ?  
Cela semble être la question centrale qui a animé Adrien Bosc au fil de l'écriture. 
Listant les faits, il tisse un réseau de dates concomitantes qui l'amènent du vol du Constellation au mariage de Cendrars ayant eu lieu au moment du départ de l'avion. 
Le fil est ténu à la fin du roman et les deux derniers chapitres sont de plus en plus éloignés de la chute de l'avion, mettant en valeur cet aspect de nos vies. 
Roman de la destinée, du hasard signifiant, il éveille forcément en chacun une interrogation sur ces fils qui se croisent au moment d'une catastrophe, sur ces gens qui ne sont pas montés dans l'avion juste avant son départ, sur ceux qui allaient changer de vie, ceux qui étaient heureux, ceux qui ne l'étaient pas. 

Pour exprimer l'aléatoire de nos vies tout en mettant en valeur un réseau de similitudes, des moments qui ont eu un sens pour plusieurs personnes à la fois, l'auteur utilise une structure classique d'alternance. 
Cerdan devant un autre avion
A un chapitre "technique" sur l'avion succède un chapitre décrivant la vie d'un des passagers. 
Le trajet de l'avion, celui de son double utilisé pour tenter de découvrir ce qu'il s'est passé, la description de l'enquête et l'identification des corps, ces faits sont décrits simplement, sans s'y attarder, tout en paraissant indispensables à la compréhension de l'histoire. 
Et les personnes décrites sont elles-aussi représentées simplement, sans pathos et sans s'attarder, mais en parvenant à dresser une image nette de chacune d'entre elle. 
Les 37 passagers ne sont pas décrits, le choix se portant sur ceux qui semblent les plus symboliques de ce passage d'un continent à l'autre, d'un changement de vie ou au contraire d'une continuité soudain brisée. 
L'auteur a sûrement aussi fait son choix en fonction des informations qu'il parvenait à glaner. 

L'écriture de Bosc convient parfaitement à ce thème. 
Cerdan et Neveu avant le décollage
Visuelle, factuelle, elle ne provoque pas de larme mais invite à la réflexion. 
L'auteur se laisse souvent aller à une succession de variations sur un mot comme, évidemment, le nom du modèle de l'avion : constellation. 
C'est surprenant dans le premier chapitre, et c'est aussi une façon de renforcer dès le départ cette idée de corrélation. 
Il en abuse un peu à la fin du roman, mais comme je l'ai évoqué plus haut, j'ai eu un peu de mal avec les 3 derniers chapitres un peu trop éloignés pour moi du coeur du roman. 
Je comprends néanmoins l'idée d'aller jusqu'au bout de l'évocation de ces hasards signifiants. 


Quant à la lecture audio, c'est encore une fois un très bel exemple de lecture réussie ! 
Le lecteur a une belle voix chaude, il lit simplement ce roman qui s'y prête bien.
Il n'y a pas d'action ou de discours et le ton est un peu monocorde, mais le roman est ainsi fait. 
L'alternance des chapitres est indiquée par un changement de musique qui permet de ne pas se perdre (mais bon, on entend bien qu'on change de chapitre, hein). 

A éviter si vous prenez l'avion, ce roman sera parfait au coin du feu en hiver, ou avec un bon thé sur votre canapé un dimanche de printemps. 
















18 commentaires:

  1. J'ai sans doute tord, mais voici une lecture qui ne me tente pas.

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    1. Moi, je dis qu'il ne faut pas se forcer. Mais bon, j'étais moyennement tentée, et finalement, j'ai beaucoup aimé. Peut-être si l'occasion se présente ?

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  2. J'ai tout aimé, je ne l'oublierai pas de si tôt

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    1. Je te comprends ! Je ne sais pas s'il restera longtemps dans ma mémoire, mais certains passages sûrement ;^)

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  3. bien apprécié moi aussi ; mais j'avoue qu'une version audio ne me tenterait pas du tout pour ce livre là en particulier , il me semble qu'il risquerait de devenir confus

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    1. Ah oui ? Je t'avoue qu'il a fallut que je réécoute un des derniers chapitres, mais pour les autres, ça a été. J'ai eu l'impression qu'on me racontait une petite histoire à chaque fois.

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  4. Ce sera ma dernière lecture pour le prix. J'espère être aussi enthousiaste que toi.

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  5. Je n'ai jamais écouté de livre, peur du rythme trop lent par rapport à mon rythme de lecture... mais en l'occurence, avec Constellation, j'imagine très bien le texte en version audio !

    J'ai été fascinée par la musique de ses mots, cette écriture si poétique tout en étant profondément ancrée dans les faits.

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    1. C'est amusant ce que tu dis sur le rythme. Je crois que ça dépend beaucoup du lecteur. Pour ce livre, c'était plutôt lent, c'est vrai, mais pour d'autres, le lecteur peut au contraire donner un mouvement au texte qui apporte quelque chose.

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  6. J'ai aimé cette lecture. C'est un roman qui a quelques défauts (je suis d'accord avec toi sur la fin) mais qui a aussi des qualités. Disons que pour moi, les chapitres sont inégaux.

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    1. C'est vrai. J'ai eu l'impression de ne pas tout aimer, d'être parfois déçue du trop peu d'info sur certaines personnes, quand d'autres étaient vraiment présentes dans le livre. Mais globalement, c'est une belle lecture !

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  7. Comme je dois prendre l'avion bientôt, je vais attendre un peu ;)

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  8. Ah pourquoi pas donc ! ;) Après ton billet, je ne pense pas forcément continuer à faire l'impasse sur ce titre... ;)

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    1. Je crois qu'il faut se mettre dans l'état d'esprit de ce roman. Il ne faut pas en attendre plus qu'il ne donne. Tu n'y apprendras pas grand chose sur les passagers, ce ne sont pas des portraits très développés, mais c'est un peu comme si tu te mettais dans un aéroport et que tu regardais passer ces gens qui vont monter dans l'avion. C'est écrit de façon factuelle, mais on évite ainsi le pathos.
      Bonne lecture si tu décide de le lire :)

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  9. Je te trouve bien sympa quand même. Le dernier chapitre est totalement incompréhensible et carrément égocentrée. Même si je trouve l'idée géniale à la base, je trouve vraiment la réalisation ratée, on ne s'attache à aucun personnage (c'est encore le narrateur le personnage le plus travaillé) et j e ne trouve pas cela très littéraire comme style. Je m'étais sentie très seule quand je l'ai lu après les kyrielles d'éloges qu'il avait reçus (dont le prix de l'Académie Française)...Je l'avais lu en LC avec Val qui était assez proche de ton avis (malheureusement)

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    1. Et moi je te trouve bien dure quand même ;^)
      L'entretien qui suit le livre dans cette version audio est vraiment instructif. Il me semblait bien en écoutant les deux derniers chapitres, que l'avion et ses passagers n'étaient peut-être pas les vrais héros du livre, mais il a confirmé. Ce sont les hasards qui lui importent et les derniers chapitres viennent renforcer cette idée (mais je suis d'accord avec toi, il va trop loin et c'est dommage de finir sur une note bizarre comme ça). Les personnages ne sont là que pour démontrer sa théorie et c'est pour cela qu'ils sont simplement esquissés.
      Et puis je crois que je m'attendais à autre chose. J'ai lu beaucoup de billets de blog et je pensais que les personnages étaient vraiment évacués, et je trouve qu'il a su les esquisser juste ce qu'il fallait (et pourtant, je n'aime pas ce genre de texte peu approfondi).
      C'était tout de même un sujet difficile et il ne s'en sort pas mal quand même il me semble (mais pas à toi, j'ai bien compris :D)

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