jeudi 5 décembre 2013

Lady Hunt de Hélène Frappat

Voilà encore un livre très présent sur les blogs ces temps-ci.
Pourtant, c'est un roman assez atypique, qui aborde des thèmes vraiment particuliers.
Je ne pense pas qu'il puisse plaire à tout le monde, bien au contraire.
Il faut accepter de se laisser aller aux dérives des personnages, aux hallucinations, aux rêves ésotériques.
Il faut laisser la rationalité aux marges de ce roman.
C'est un pari qu'a fait l'auteur, mais son écriture devrait pouvoir convaincre les lecteurs réticents.

Autour du Parc Monceau, Laura fait visiter des appartements sans conviction.
Elle entretient une relation avec son patron qui lui donne des rendez-vous clandestins dans de grands logements vides, avant de rejoindre son chat qui l'attend dans son petit appartement.
Mais la nuit, ses rêves la hantent.
Luna l'attire, la repousse, la maison qui lui apparaît semble la proie des flammes sans brûler vraiment.
Puis le rêve rejoint le jour.
Lors d'une visite, un petit garçon disparaît, comme aspiré par un appartement dont les miroirs ne renvoient plus les reflets.
Et puis il y a Élaine, la sœur de Laura, qui attend un enfant sans savoir ce qui l'attend...

Il est difficile de savoir par où commencer pour parler de ce roman.
Ce livre est surprenant. Il mêle le surnaturel et la maladie pour les fondre en instillant un doute dans l'esprit du lecteur.
S'agit-il réellement de surnaturel ou Laura est-elle en train de sombrer dans la maladie ?
Il y a néanmoins plusieurs indices qui sont placés dans le récit et l'oriente vers le surnaturel.
Je ne vais pas les lister ici, mais le plus fragrant m'a semblé être le nom de famille de Laura et le nom de son village d'origine.
Le kern est censé avoir une signification ésotérique qui remonte aux druides et aux traditions celtiques. Ils symbolisaient un lieu important et pouvaient être destinés à célébrer les anciens et les morts.
Il se teinte donc forcément d'un peu de surnaturel.
Néanmoins, le plus flagrant reste tout de même le nom de Kardec (quoi qu'il faille sans doute s'y connaître un peu).
Allan Kardec est effectivement le fondateur du spiritisme !!
Il pensait être la réincarnation d'un druide portant ce nom et si vous vous rendez sur sa tombe au Père Lachaise, vous pourrez faire un vœu et il l'exaucera (il est censé le faire en tout cas).
Avec ces indications, il me paraissait évident que le chemin à suivre était plutôt surnaturel.

Mais revenons au roman.
L'écriture d'Hélène Frappat est délicate, ciselée et douce.
Il n’y pas de heurts dans ce texte, pas de coups mais une lente glissade vers la folie, la mort ou au contraire, la compréhension.
Seuls ceux qui adhèrent le sauront.
Cette écriture ciselée emporte le lecteur en utilisant les poèmes de Tennyson, le mélange de la langue anglaise et du français, la première venant apporter un peu d’onirisme à la seconde.
Les poèmes en anglais restent parfois hermétique à celui qui ne maîtrise pas cette langue, mais là encore, cela s’éclaire à la fin, et l’idée principale est transmise dans la suite du texte.

C’est finalement un roman de l’intérieur que l’auteure nous offre ici.
Le lecteur entre progressivement dans l’esprit de Laura, dans ses rêves et ses obsessions.
Il sent son inquiétude, ses peurs, son égarement en espérant le sauveur, celui qui lui tendra une main salutaire.
L’image du reflet est omniprésente, dans les reflets qui apparaissent ou disparaissent, dans l’image de Lady of Shalott, dans ce que l’on croit et ce qui nous échappe.

Mais tout ne nous échappe-t-il pas à un moment de nos vies ? Et tout n’est-il pas un simple reflet de ce que l’on croit ?

Le roman pose de nombreuses questions, il utilise beaucoup d’images, de thématiques, que je ne pourrais citer ici tant il est riche.
Sous une apparence de simplicité, il donne à voir et à penser et révèle une profondeur bien plus insondable que prévu.

Je ne saurais que conseiller ce roman, tout en ajoutant qu’il ne plaira pas à tout le monde.
C’est un livre atypique qui demande à son lecteur de se laisser aller et de se couler dans ses pages.
Mais si cela vous tente, choisissez un bon fauteuil, un plaid, préparez-vous une tasse de thé et quittez votre réalité.


Je vous envoie aussi sur le billet de Galea qui dit beaucoup de choses aussi sur ce roman sans trop en dire, ce qui est toujours agréable :)











mardi 3 décembre 2013

Esprit d’hiver de Laura Kasischke

Voilà un livre très présent sur les blogs en ce moment.
Il faut dire que l'auteure Laura Kaschichke n'en est pas à son premier roman et d'autres avant celui-ci ont déjà fait parler d'eux.
J'ai beaucoup vu Les revenants par exemple depuis qu'il est sorti en poche, et je l'ai moi-même ajouté à ma PAL.
Comment résister alors lorsque Price Minister a proposé d'envoyer ce livre aux blogueurs contre une critique ?

Holly est mal réveillée.
En ce matin de Noël, le réveil n'a pas sonné et il est déjà 10h quand elle sort de son lit.
Tandis que son mari file en vitesse à l'aéroport chercher ses parents, elle se lève sans trop savoir par quoi commencer.
Il lui faut préparer le déjeuner avant l'arrivée des invités, mettre la table, s'habiller et apparemment, il lui faut aussi réveiller sa fille qu'elle n'entend pas s'agiter dans la maison.
Mais une pensée l'obsède depuis le réveil, une pensée qu'il lui faut noter avant qu'elle ne disparaisse, une pensée qui s'est manifestée juste avant le réveil et qui risque de disparaître si Holly ne la fixe pas, une pensée inquiétante, une menace qui pèse sur sa famille...

Ce roman démarrait bien avec un début pareil.
Le résumé était alléchant et je m'attendais à lire un bon thriller bien conçu, avec des fausses pistes, des menaces et une résolution finale qui explique tout.
Oui, mais voilà, ce ne fut pas le cas.

Je crois que la raison principale réside dans ce brouillage des genres.
Il me semble que ce roman souffre d'un mélange des genres un peu déstabilisant pour la lectrice que je suis.
Je croyais lire un thriller, et je me suis retrouvée dans un roman psychologique, un huis clos entre deux personnages (ou trois ?).
Ce changement de direction m'a déstabilisé et je ne savais plus ce que je devais attendre du roman.
Mes attentes était déçues, et dès la page 80 j'ai attendu qu'il se passe quelque chose, que la fin arrive.

Malgré cela, les pages de ce roman se sont tournées sans difficulté.
Je ne me suis pas forcée pour le finir et j'avais tout de même hâte de connaître la fin.
Du coup, j'aurais aimé que l'histoire s'accélère dans la dernière partie, mais là encore, je crois que j'étais restée sur mon idée de thriller.
Comme ce roman n'en est pas un, il fonctionne nécessairement autrement.

Mais parlons un peu de la fin (sans la dévoiler évidemment).
Je ne sais pas si je lis trop de polar et de thriller mais je l'avais deviné.
Il y a donc eu peu de surprise à découvrir ce que Laura Kasischke avait imaginé.
Les reprises incessantes que fait l'auteur finissent par être agaçante et sont trop visibles dans le fil du récit.
Les grands yeux de Tatiana, l'insistance sur la description de sa fille bébé, la blancheur bleutée de sa peau, son odeur de shampoing, tout cela obsède Holly, je le conçois, mais ce sont également des panneaux affichés trop souvent à mon goût.
Je n'insisterai pas non plus sur l'obsession de Kasischke pour le shampoing L'Occitane mais j'espère qu'elle en a reçu un plein carton pour leur faire une telle publicité.

Finissons tout de même sur une note positive.
Le récit de Holly en ce jour de Noël alterne avec des moments de réminiscence où elle se souvient de ces deux voyages au cours desquels elle a découvert la Sibérie et les orphelinats russes.
Le choc culturel est logiquement brutal entre ce couple d'Américains moyens et une réalité froide et distante où les enfants sont une marchandise comptable qui doit arriver sans défaut auprès de ceux qui l'ont payé.
Mais Holly se souvient également de l'origine de cette adoption.
Les femmes de sa famille ayant toutes souffert de la même maladie, elle a opté pour un choix radical, ce qui l'a obligé à se tourner vers l'adoption.
Ce choix médical me semble pour l'instant assez américain, mais il fait tout de même réfléchir et l'on ne peut que s'interroger sur ce que l'on choisirait dans une situation analogue.

En bref, je dirais que si vous connaissez déjà Laura Kasischke, si vous aimez les romans psychologiques, les huis clos un peu angoissant, ce roman pourrait vous plaire.


Ce billet contient beaucoup de « je » car il présente mon point de vue ultra personnel.
Il y a évidemment des blogueurs et beaucoup de lecteurs qui ont aimé alors n'hésitez pas à vous faire votre propre idée.









dimanche 1 décembre 2013

Un bon livre...

Le temps est gris mais il ne faut pas se laisser abattre ! 


Bon dimanche !! 



samedi 30 novembre 2013

Un calendrier de l'avent version 2013...

L'an dernier, si vous étiez déjà là, vous avez pu lire les billets des blogueuses qui vous ont accompagnées pendant la période de l'avent en décembre 2012.

Un an plus tard, nous sommes toujours là !
L'équipe a un peu changé au fil des ronde de billets, tout le monde n'est pas toujours disponible (moi la première) mais comme dans tout bon cercle d'amies, cela ne fait rien et on est contentes de se retrouver lorsque la ronde suivante arrive.

Pour la seconde fois, donc, nous sommes prêtes à vous donner des idées de recettes, de déco, de cadeaux pendant toute la période de l'avent.
Les billets s'annoncent très variés, chacune d'entre nous ayant eu des idées originales.
Comme vous le verrez, nous sortirons parfois de nos sujets habituels, ou nous opterons pour des billets thématiques parfaitement reconnaissables.
On ne peut pas faire toujours la même chose, et la liste de livres que j'avais préparé l'an dernier est toujours valable. J'ai donc trouvé autre chose ;)

Dans tous les cas, nous espérons que vous serez au rendez-vous.

Les blogueuses de la ronde :


Dès demain, vous pourrez retrouver le premier billet chez Ordrey !!

Pour ma part, j'attends la fin des cours pour vous inonder de billets de noël ^-^ mais vous pouvez suivre la ronde sur la page Facebook du groupe, ou sur le compte Twitter, mais aussi sur le compte Hellocoton.









jeudi 28 novembre 2013

Le goût des souvenirs d'Erica Bauermeister

Avec la lecture de ce roman débute mon partenariat d'un an avec les éditions Charleston.
J'ai postulé par curiosité, je vous l'avoue, et par goût pour ce genre de découverte.
Je dois néanmoins avouer que cette curiosité était associée à un peu d'appréhension.
Mon esprit me soufflait la petite phrase de Scapin "mais qu'allait-il faire dans cette galère" et ma lecture a commencé un peu timidement, sans conviction.
Je craignais sans trop savoir pourquoi un roman un peu simple, voire même simpliste.
Pourtant, je sais que j'apprécie aussi les romans simples de temps en temps.

La date limite d'envoi de ma critique approchant, il a bien fallut que je me lance et j'ai ouvert ce livre.
Et là, dès les premières pages, j'ai été cueillie par ces histoires, séduites une narration fluide mais pas simpliste.
L'auteur m'a immédiatement attachée à son récit et je n'avais plus qu'une envie, le lire jusqu'à la dernière page.

Lilian tient un restaurant où le mot gastronomie a toute sa place.
Régalant ses clients de recettes rustiques mais raffinées, elle a su s'imposer et fidéliser sa clientèle.
Au restaurant ou pendant ses cours de cuisine, elle s'occupe des estomacs mais également de ceux qui ont besoin d'elle.
Il y a Al son comptable, Chloé son sous-chef en cuisine, Finnegan assigné à la plonge, Isabelle qui perd la tête mais aime toujours manger, Tom l'amoureux de Lilian, Abby la fille d'Isabelle, Louise la femme d'Al.
Chacun voit sa vie stagner ou au contraire changer de manière involontaire.
Et chacun va réagir à sa façon.

À la manière d'un recueil de nouvelles, les chapitres de ce roman constituent une succession d'histoires individuelles, chaque personnage ayant droit à la sienne.
On découvre ainsi leur passé, puis on apprend comment ils sont arrivés là et ce que les autres ont fait pour lui.
Pour certains, le temps du changement est arrivé et un petit détail ou une rencontre les fait basculer.
Car la force majeure de ce roman, c'est de mettre toutes ces histoires en interrelation.

A la différence d'un recueil de nouvelles où les personnages nous quittent alors qu'on vient à peine de les découvrir, Lilian et son histoire permettent de relier toutes ces vies.
Son restaurant réunit tout ce monde comme un phare qui leur donne un repère au milieu de la pagaille de leur vie.
Il semble apaiser chacun et canaliser les énergies.

Moi qui aime moyennement les recueils de nouvelles (c'est toujours trop court), j'ai été ravie de pouvoir à la fois découvrir la vie de ces personnages et leurs relations avec d'autres personnages.
Évidemment, il ne se passe pas énormément de choses dans l'histoire cadre du roman.
Mais cela fourmille tellement dans les histoires individuelles que le lecteur ne s'ennuie pas.

Le style de l'auteur parait léger (c'est une traduction de l'anglais), les pages s'enchainent et se tournent facilement.
Vous me direz qu'il s'agit là d'un roman choral à l'américaine, plein de bons sentiments comme une comédie romantique... Et je vous répondrai que oui, et c'est peut-être justement ce qui est plaisant dans ce roman.
Comme on aime passer une soirée tranquille au chaud avec un bon film qui rassure sur la nature humaine, on peut aimer passer une ou deux après-midi avec un bon roman qui fait du bien.
Erica Bauermeiste a aussi le talent de ne pas avoir négligé la structure et le décor de son roman.
Elle n'oublie pas de décrire le cadre, de donner des informations sur le restaurant, la ville, les maisons, ce qui permet au lecteur de se situer dans cette histoire et de visualiser les lieux.

Comme on voudrait que le roman soit plus long, mon seul bémol sera pour la fin que j'ai trouvé un peu abrupte mais qui m'a plu quand même.
Ou, je sais, c'est un peu bizarre comme bémol ^-^.

En bref, si vous cherchez un livre sympathique pour une après-midi tranquille, une soirée au chaud ou un trajet en train, n'hésitez pas, ce livre est une vraie gourmandise.
Et en plus, il y a un premier tome !


Merci aux éditions Charleston pour la lecture de ce roman.








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